Tout ce dont je me passe aujourd’hui

Je regardais l’autre jour Faim de pétrole, une conférence gesticulée présentée par Anthony Brault de la SCOP Le Pavé. On y apprend énormément, sur la manière dont le monde dans lequel nous vivons est façonné par le pétrole, comme la chute sera rude quand les prix s’affoleront, et que ce temps viendra bien plus vite qu’on ne nous l’avoue. J’étais secoué, mais bien heureux d’avoir déjà commencé mon sevrage…

Commencer par le dénuement

Mes parents ont tous deux connu les privations de la seconde guerre mondiale en France. J’imagine que c’est ça qui les a amenés à m’apprendre à manger local et de saison, à me déplacer à la force des jambes autant que possible, et à ne pas jeter ou gaspiller. Ça, et le fait de ne pas rouler sur l’or…

C’était parfois difficile de comparer mon quotidien avec celui des autres enfants. Je regardais avec envie les pots de pâte à tartiner, les brioches, les glaces, les vêtements et chaussures de marque, les consoles et les jeux vidéo… Et puis peu à peu j’ai appris à composer avec mon altérité, je me suis réfugié dans les livres et la musique, fuyant le présent, et à apprécier les fruits plus que les viennoiseries, à cuisiner de bons légumes du marché plutôt que les parfums artificiels de la grande distribution.

La révélation de l’île aux castors

Mais sans remonter aussi loin : le 31 décembre dernier, voulant laver dans le fleuve mes émotions de 2016, année funeste, j’ai vu des monceaux d’ordures sur les berges. Ma compagne, plus choquée que moi encore, s’est retroussée les manches et nous y sommes retournés pour nettoyer les alentours de l’île aux castors, à la Feyssine. Au total, en trois sessions et avec l’aide de nombreux bénévoles de l’association WeWaste, nous avons emporté plus de 400 kilos de déchets.

Ces séances de nettoyage nous ont fait nous sentir utiles, et nous ont permis de réaliser combien notre société est devenue productrice de déchets… Regardez  les rayons de supermarché : pas un produit qui ne soit emballé, suremballé, transporté sur des milliers de kilomètres, poussé dans des serres en plastique et arrosé d’engrais et de pesticides, tout cela en consommant une quantité pharaonique de pétrole.

Ça nous a fait bizarre de trouver tous ces emballages festonnant les arbres, cachés sous le moindre rocher, rouillés à moitié enfouis dans le sable ou simplement jetés dans les fourrés, parés pour une longue et lente et toxique décomposition, et se dire que sans intervention la plupart y seraient encore quelques siècles après notre passage sur Terre.

Depuis, on a cherché à mieux recycler (l’association Mouvement de Palier aide à trier, il y a des astuces à connaître mais les sociétés de ramassage se gardent bien d’en parler, vous verrez pourquoi plus loin), on a remis notre lombricomposteur en route, et cherché par tous les moyens à réduire nos déchets :

  • Nous nous fournissons en fruits et légumes auprès d’une AMAP. Nous sommes ravis de la qualité et de la quantité de notre panier à la Guill’AMAP.
  • Nous achetons le reste en vrac. À Lyon l’épicerie 3 P’tits Pois vend à prix tout doux de délicieux produits bio, locaux, éthiques, sans emballages, et toujours avec le sourire ! Ils vendent des tas de choses que je n’aurai pas imaginé acheter en vrac : sauce soja, pâtes, chocolat, lessive, vinaigre… Et grâce à leurs tarifs bas, nous mangeons de bien meilleurs produits qu’avant —à budget égal.
  • Toujours prévoir sacs à vrac en tissu et sachets papier à foison pour faire nos courses ou acheter à manger dehors.
  • Acheter en occasion les habits, le matériel, les jeux…
  • Remplacer le jetable par de l’inusable : éponges (tawashi), essuie-tout (carrés de tissu-éponge), cotons-tiges (auriculi), mouchoirs en papier (mouchoirs en tissu), cotons (disques démaquillants en coton tissé), protections féminines (protège-slips et serviettes en coton), tampons (coupe menstruelle —en plus on élimine le risque de choc toxique)…
  • Remplacer la chimie par du fait-maison : dentifrice (argile, sel, bicarbonate et huiles essentielles), lessive, pastilles lave-vaisselle, produits pour nettoyer le sol ou les surfaces (bicarbonate ou vinaigre blanc dans lequel on fait mariner des écorces d’agrume).
  • Transformer soi-même les produits bruts. On peut facilement produire de la margarine sans huile de palme, du tofu, du lait végétal (et récupérer/utiliser l’okara qui est délicieux, plein de bonnes choses et peut s’intégrer à de nombreuses préparations), du pesto (basilic mais aussi épinards, roquette et plein d’autres plantes ou et fanes de radis, navets, etc plutôt que de les jeter), des conserves de compote, confiture, pâté végétal, parfumer une huile avec des tomates ou champignons séchées, des écorces de citron, des herbes…
  • Et enfin, se passer de l’inutile : savon, shampooing, déodorant, crème de jour, de nuit, démaquillant. Je n’utilise plus de savon depuis deux ans et de shampooing depuis 3 mois à l’heure où j’écris. C’est dur au moment où on arrête, le temps que le corps retrouve ses mécanismes, mais il se débrouille ensuite très bien avec juste de l’eau.
  • Pour aller plus loin, le hors-série « Devenir autonome » de Kaizen donne 100 idées et astuces recyclage, cosmétiques, peinture, cuisine…

Être végétaliens a également deux effets positifs directs pour réduire les déchets : premièrement, les épluchures sont compostables alors que les produits animaux ne le sont pas, et deuxièmement nous trouvons toutes les protéines nécessaires sans aucune des toxines qui parfument la sueur et donnent des boutons (non, ce n’est pas de l’acné juvénile, c’est du lactose indigeste qui ressort par où il peut), donc pas besoin de déodorant ni de produits pour nettoyer la peau.

À force de ne presque plus rien jeter nous ne remplissions plus qu’au compte-goutte la poubelle de 50L qui trônait au milieu de la cuisine, son contenu fermentait et attirait moucherons et mauvaises odeurs. Il s’est finalement imposé que nous n’en avions plus besoin, et nous nous servons désormais d’un bocal en verre pour les déchets non recyclables et non compostables (emballages plastique, plaquettes de médicaments, opercules). Nous jetons une cinquantaine de grammes par semaine en moyenne, soit 1,3 kg par personne et par an —bien loin des 390 kg (en moyenne !) des français…

Loin des yeux…

On a tendance à oublier ce qui nous est invisible. À oublier que l’eau du robinet a été captée, filtrée, pompée dans des kilomètres de tuyaux, et qu’à peine distribuée elle repart pour un long voyage où elle sera d’abord mélangée avec des produits toxiques avant qu’on ne tente de les séparer (c’est absurde ? Oui, mais c’est pourtant bien ce qui se passe).

On apprécie la tranquillité d’esprit de ne plus penser à nos déchets dès qu’ils ont été avalés par la poubelle ou emportés par le camion-benne. Mais, comme l’explique très bien Aline de Consommons sainement, le traitement des déchets n’est pas anodin :

Nos poubelles ont un impact environnemental bien plus important que ce que nous pensons souvent. Nos déchets sont soit incinérés, c’est-à-dire brûlés (le « mâche-fer » restant impossible à brûler et très toxiques s’ajoute aux résidus très dangereux du traitement des fumées), soit enfouis en décharge (le jus résultant de la décomposition des déchets est extrêmement polluant en cas de rupture de la membrane contenant les déchets). La décomposition des déchets organiques produits également d’importantes quantités de méthane, un gaz au fort effet de serre.

Le business des déchets

On nous fait croire que nos déchets sont « valorisés » dans des « centres de tri biomécanique » puis transformés dans un « bioréacteur » qui se débrouille pour produire de l' »énergie verte« . C’est en réalité un discours commercial : les « centres d’enfouissement technique » ne sont que des décharges, qui contiennent toujours plus de déchets toxiques. Le nouveau nom fait croire que la technologie prend le relais…

D’ailleurs saviez-vous que les entreprises à qui est déléguée la gestion des déchets facturent les communes en fonction de la quantité de déchets traités ? Pensez-vous donc qu’elles aient un quelconque intérêt à une réduction des déchets ? C’est bien pour ça que les composteurs de quartier sont toujours d’initiative populaire… Heureusement aussi qu’il existe des associations telles que Zéro Waste France et les antennes locales pour sensibiliser les citoyens et les entreprises !


Souvenez-vous que nous repartirons sans rien emporter que nos souvenirs. Et que nous n’héritons pas de la Terre de nos parents, mais que nous l’empruntons à nos enfants… Pas la peine de vous mettre martel en tête et de tout changer d’un coup, mais je vous encourage à essayer d’avancer dans cette direction, un geste après l’autre. Et bien sûr, vous pouvez me contacter pour échanger à ce sujet si vous le souhaitez !


PS : J’ai parlé de la démarche zéro déchets à Sud Web, le support de présentation est disponible sur Slideshare et sur Speakerdeck.