Notes Sud Web 2018

Je reviens juste de Sud Web 2018 où, comme souvent, j’ai pris plein de notes. J’ai pris cette fois le temps de les remettre au propre et de les mettre en ligne parce que plusieurs personnes m’ont demandé de les diffuser.

Introduction : Théâtre forum animé par Laurène Grangette et la compagnie étincelle

Créé par Augusto Boal, le théâtre forum est une forme de théâtre où une scène (généralement d’oppression) est jouée deux fois. La deuxième fois, les “spect-acteurs” peuvent interrompre l’action et prendre la place d’un des acteurs pour proposer une autre issue. Inventé pour dénouer les tensions dans la société Brésilienne, cela permet au public de tester différentes manières de réagir, pour des situations qui s’appliquent parfois à leur quotidien. Fiche Wikipédia du Théâtre Forum.

Je ne connaissais pas ce courant théâtral et passé la surprise du début j’ai beaucoup aimé. Dans la première scène une stagiaire (depuis plusieurs années !) se voit imposée une formation sur ses vacances pour répondre à un contrat signé par l’entreprise qui l’emploie. Propositions du public : se lever pour être à même hauteur que le patron et la comptable, s’imposer plus verbalement, utiliser la reformulation pour expliquer les points de vue des un•es et des autres… Deuxième situation : encouragée par un co-worker, une freelance bombardée de tickets mal rédigés prend son téléphone pour s’expliquer avec la cheffe de projet.

Pascal Moriceau — Des commandes de bière à la commande en ligne

Je gérais un restaurant à Toulouse, roi des burgers et du blindtest. Mes clients, devenus amis, m’ont encouragé à devenir développeur web. J’ai testé différents trucs, des formations en ligne, puis je me suis lancé et j’ai postulé pour des formations. Finalement une place s’est libérée dans une formation de quelques mois à Aire-Sur-L’Adour. Difficultés à trouver un stage.

Au boulot les patrons étaient sympas et accueillants, mais des difficultés avec les collègues plus jeunes. Aussi, travailler directement en prod quand on est novice était source de stress. Soutien de la part des amis heureusement. Autoformation, à côté, grâce à des tutoriels en ligne. Finalement ça marche, peu à peu, en apprennant sur le tas. Stage validé, formation validée, embauché dans la boîte pendant quelques mois.

Parallèles : menu = cahier des charges. back-office = arrière-cuisine. Et serveur… = serveur. Changer de vie c’est pas forcément simple. On se retrouve dans une situation inconfortable, on gagne peu, les gens ne font pas toujours confiance…

S’il-vous-plaît, ne demandez pas aux gens d’où ils viennent mais plutôt où ils vont.

Alexis Metaireau — Comment un passionné de logiciels libres choisit de devenir brasseur ?

Toujours animé par l’envie de partager. Informatique par plaisir au lycée. Rencontré la communauté Python, très animée, très partagée. Développé un générateur de sites statiques en python, Pelican. Termine les études, et se demande comment trouver du boulot dans ce domaine. A trouvé une place développeur python chez Mozilla, à Paris puis en télétravail depuis Rennes. Hiérarchie de moins en moins agréable. Passé à 80% pour ne plus bosser les vendredis. Du temps pour rêver. Puis un ami revient du Québec et lui propose de brasser ensemble de la bière. Ils font plein d’essais, constatent qu’il y a peu de documentation à l’époque. En France les gens ont l’habitude de boire de la bière industrielle. On parle de blonde, brune, ambrée, mais il y a énormément d’autres critères : amertume, douceur, parfums, etc.

Pendant ce temps les projets Mozilla fluctent beaucoup, des choses disparaissent après quelques mois en prod seulement, source de frustration. Apprend dans la presse que le projet sur lequel il bosse va être arrêté, du coup blasé plaque Mozilla. Un temps de repos passé à brasser, à rencontrer la communauté des brasseurs, à constater qu’elle partage les même valeurs que la communauté Python : partage, échange… Décide donc de se lancer et crée la Brasserie du Vieux Singe avec son compagnon de brassage. Créer une entreprise c’est l’occasion de se demander ce qu’on veut faire ou pas, comment résoudre les conflits. Le logiciel de vente en ligne est développé à la main. Recherche la coopération avec d’autres micro-brasseries. S’associer permet de répondre à de grosses commandes, trop grosses pour une petite structure. On partage nos outils auto-construits…

L’ennemi commun (Facebook sur le Web, les brasseries industrielles pour la bière) a cela de bien qu’il encourage les petites entreprises à se fédérer.

Claire Zuliani - Le joyeux mélange des cultures professionnelles : soliste de haut-niveau, cheffe d’orchestre ou femme-orchestre ?

Je laisse mes notes ci-dessous mais vous pouvez aller lire le texte de sa conférence sur son blog.

En 2008, rejoint une association de cyberpunk, née d’un squat artistique. Des punks qui touchaient des subventions (étnonnant, non ?), mais avec une direction collégiale (forcément), 5 personnes pour mener la barque. Puis viennent des besoins de communication, apprend sur le tas et par des formations à utiliser Photoshop, à servir des bières, à souder des mannequins interactifs… Mais de plus en plus d’administratif. Au bout de 4 ans j’ai fini par craquer. Retour à la fac. Devenue développeuse c’est un tout autre monde : le salaire est bien meilleur, les projets sont menés de manière bien plus structurée… Quand on me demandait ce que je voulais apprendre je disais cheffe de projet, front-end, mais pas que… Je me sentais comme un canif qui rêve de devenir couteau suisse. Pas envie de se spécialiser.

Un ami dit alors : passe de “femme-orchestre” à “cheffe d’orchestre”. Mais comment on fait ça en étant indépendante ? Et même : comment remettre du punk dans la pratique professionnelle ? Créer une “New wave” du développement Web. Choisir les outils les plus minimalistes possibles. Intégrer la complexité plus tard, seulement si/quand on en a besoin. Aujourd’hui je cherche la frugalité, l’efficience.

Fluid stack : accepter que les rôles soient fluides, pouvoir transitionner en fonction de ce qui nous intrigue. Avouer qu’on ne sait pas plein de choses, c’est finalement une attitude punk. Je m’ennuie quand j’arrive sur un projet où je sais déjà tout faire. C’est plus intéressant de se lancer quand on ne sait pas tout. Posture humble, flexible, minimale. Mais vous, qu’est-ce ça évoque le mot punk ? Réponses du public : refus des conventions, de la hiérarchie, du politique…

En agence, toujours l’impression de produire des prototypes plutôt que des produits finis. De ne réaliser ce que le client souhaite vraiment qu’en fin de projet. Ça vous déprime, vous, de penser que vos projets sont déjà voués à disparaître ? Accepter le côté maïeutique, la (re-)création permanente. Accepter qu’on ne produit pas des choses définitives. Penser à la compostabilité du projet : ce qui peut être désassemblé pour resservir. L’expérience individuelle et collective comme hummus qui sort de la création… J’espère que les structures que j’ai accompagné ne penseront plus leurs projets Web de la même manière après mon intervention.

C’est politique à mon sens de penser non seulement au produit mais aussi aux échanges pendant sa conception, et à ce qui en restera après. Un projet qui sera utilisé par des personnes qu’on ne connaît pas, c’est politique aussi. Parce que créer une plateforme de communication, modérée a priori, en demandant aux personnes de s’identifier… C’est imposer beaucoup de choses, prendre pour postulat que les utilisateurs seront malpolis, à l’aise à parler en leur nom…

Les devs oublient le côté politique du code mais on peut le faire rentrer indirectement. En tant que développeurs on a un pouvoir énorme, mais non reconnu. Ce serait dommage de ne pas en profiter. #PunkAttitude

Gilles Mitteau aka Heu?reka — De la salle des marchés à YouTube

Banquier d’affaire. Bac S, prépa, école de commerce, choisit la finance. Ça ressemble à une science dure, la plus “solide” parmi celles qui sont proposées en école de commerce. Présente le monde selon des principes. Politique, économie, finance. Finance et économie ne sont pas vraiment la même chose. Arrivé en 2008 en tant que stagiaire à la Société Générale juste entre l’affaire Kerviel et la faillite de Lehman brothers. En découvrant l’entreprise, a l’impression que les chefs sont les gens qui avaient de bonnes notes à l’école, et les employés de mauvaises notes. Étant plutôt moyen à l’école, se demande un peu ce qu’il va faire.

Doit comparer des écarts de trésoreries, pour cela se forme à Excel et arrive rapidement à écrire des moulinettes pour automatiser, prendre de l’avance, son boss est ravi. Se rend compte qu’en fait il peut faire beaucoup de choses, que ses résultats au travail ne sont pas du tout liés à ses résultats à l’école. Réalise que comme beaucoup de grosses entreprises la banque est finalement très mal gérée. Passé le marbre du comptoir c’est n’importe quoi. Change pour la BNP Paribas. Paris, puis Londres, puis New York. Là aussi plein de choses qui ne vont pas sous le vernis.

Au-delà des problèmes d’organisation, réalise que les traders ne connaissent que quelques pages Wikipedia sur l’Économie, et que leur vision est faussée par leur vision politique. Découvre que les économistes font des prédictions pour les banques mais qu’elles ne sont pas écoutées par les traders, qui ne se servent de leurs rapports que pour justifier des trucs a posteriori —quand ça colle. Les politiques en revanche écoutent les économistes, du moins piochent parmi les théories celle qui justifie (ou discrédite) les idées qu’ils souhaitent.

Réalise en fait que le capitalisme n’a pas été conçu par les économistes, mais créé sans plan par l’humanité entière, à force de décisions, de lois… Les économistes essaient de comprendre comment ça marche mais c’est comme l’éléphant et les 6 aveugles (la reformulation est de moi).

Comment modéliser le comportement de l’Humanité ? Mathématiser, mettre en équation le comportement humain. Partir de principes philosophiques, ceux de Bentham plaisent bien : “les hommes sont des machines à calculer leur bien-être, visant toujours à maximiser leurs profits.” Mais il est démontré que les “agents économiques” ne réagissent pas de la manière prédite (cf Predictably Irrational de Dan Ariely). Marx pense quand à lui qu’il vaut mieux modéliser le comportement d’un groupe, d’où sa théorie des classes sociales. Selon Kent : “La place des économistes, c’est sur la banquette arrière”. Ils ne peuvent pas diriger, juste apporter un éclairage.

Gilles se pose alors et réfléchit : le monde ne va pas bien. Travailler dans une banque d’investissement, c’est faire partie du problème car les banques d’investissement s’enrichissent sur rien, ce qui fabrique de la dette, donc des crises financières. Sans fabriquer directement la crise, ce poste y contribue. Que faire alors ? Recommencer la programmation ? Et pourquoi pas vulgariser l’économie et la finance, il paraît que je suis bon pour ça et il n’existe pas ce genre de ressources sur Internet. La chaîne Youtube avait été lancée au moment où il commençait à travailler (et lui a parfois valu quelques remontrances), et elle commençait à décoller au moment où il a pu quitter son poste, assez pour commencer à en vivre. Sans être précaire, faut avouer qu’on gagne moins. La chaîne a aujourd’hui 87.230 abonnés et totalise 2.693.141 de vues.

Stéphane Alliès (Mediapart) - L’information reconfigurée par le numérique

Co-directeur de la rédaction éditoriale de Médiapart. École de journalisme. Plusieurs boulots dans les années 2000 en sortant de l’école, au milieu de la crise. Difficulté : la presse papier était mourante (elle n’est pas complètement éteinte mais elle n’a plus du tout son niveau d’antan). La presse en ligne s’est lancée en visant d’autres marchés publicitaires. Passage à Libération, Figaro, 20 Minutes… Les patrons vendaient le numérique comme “information en continu”, ce que le papier ne permettait pas. Les articles ne doivent pas faire plus de 2000 signes, soit 2/3 de page Word, soit pas grand-chose. Instructions : prendre une dépêche, changer la date, le titre, reformuler, publier. Beaucoup de jeunes journalistes motivés à l’époque, mais pas de vrai journalisme à faire. À l’époque aussi les sites d’information en ligne étaient des sapins de Noël niveau pub —c’est encore souvent le cas.

C’est dans ce contexte que Mediapart est lancé, avec 27 journalistes, 1 informaticien, 1 directrice technique (on paie encore la dette technique du sous-effectif technique). Les fondateurs font le pari que les gens sont prêts à payer pour une information de qualité, et qu’on peut se passer de la pub. Dès le début est donc posé le cadre militant. “Seuls nos abonnés peuvent nous acheter”. Journalisme politique. Ne pas commenter les sondages. Aller au fond des choses. “Faire chiant” (selon un patron du Monde) = parler de choses complexes. Là où les autres journeaux ne retiennent qu’une petite phrase, une punchline —pour tenir en 3500 signes—, à Médiapart il n’y a pas de restriction sur la longueur : “Tant que tu as des choses à dire tu peux écrire”. (La longueur est gratuite en ligne.) Le “Club” Mediapart (les blogs d’abonnés) est en accès libre. Possibilité de l’activer dès qu’on est abonné, d’échanger avec les autres abonnés et les journalistes. Ça a aidé la rédaction à se sentir au niveau des lecteurs, pas “supérieur”. On n’adopte plus la position de “sachant”, on est plus proche des lecteurs. À 20 minutes un grand écran au milieu de la rédaction affichait la courbe d’audience pour chaque article. Ce qui encourageait à écrire sur des sujets People, les plus “rentables”…

Le nombre d’abonnés a longtemps plafonné à 5k, 10k, 20k bien en-dessous du seuil de rentabilité. Heureusement les grosses affaires ont permis defaire la différence, l’affaire Bettencourt notamment. Étonnament c’est au moment où les enregistrements audio en ligne que les gens sont vraiment arrivés (les conversations étaient pourtant retranscrites et analysées dans les articles). Les gens avaient peut-être besoin d’entendre par eux-même la corruption et le détachement. Finalement le son, les scans de documents fuités ou officiels permettent de se démarquer du papier, permettent de constater par soi-même, peut-être même de jouer les détectives ? L’autre impact du son c’est qu’il permet de confronter les mensonges. Laurent Blanc niait avoir eu un comportement raciste, mais des enregistrements prouvent qu’il voulait imposer des quotas pour favoriser les enfants blancs dans les sports. Citons également l’affaire Cahuzac.

D’autres médias se lancent sur le Web, çMédiacité, anciens journalistes de L’Express, virés lors d’un plan social. Enquêtes régionales. Peut-être le moyen de renouveler la presse régionale, asservie aux subventions petites annonces et aux barons locaux. Mars actu à Marseille. Dijonscope, Téléscope à Amiens. Un nouvel écosystème numérique remplace la presse de connivence, enkystée, qui ne fait plus vraiment du journalisme (vérification, recoupements…).

Question : comment assurer l’indépendance au niveau capital ? On s’inspire du Guardian, le capital est dans une fondation. Une loi récente devrait permettre de créer cette structure en France, y transférer le capital, et la laisser financer l’entreprise. L’équipe des fondateurs, qui possèdent 66% du capital, va peu à peu prendre sa retraite. La fondation serait aussi l’occasion de soutenir des acteurs indépendants, avec qui on partage des valeurs et collabore parfois. On a donné 100k€ pour Infolibre en Espagne, et on donne à Mars Actu, Bondyblog, et autres : à chaque fois qu’ils lèvent des fonds, on abonde de 15-25k€.

Rappel : Le bon journalisme a un coût, et la publicité est incompatible avec l’indépendance.

Question : d’autres sites d’information existent, mais ça coûte cher de s’abonner à tout. On a un syndicat, on peut s’abonner sur une plateforme commune à NextInpact, arrêts sur images… On travaille ensemble tout en gardant notre autonomie et nos valeurs. Le pluralisme est bon dans la presse. Remarque : pour se désabonner il faut encore aujourd’hui envoyer un courrier papier. C’est en cours. Pour information, à l’époque et tout comme Canal+ à ses débuts, il était vital de garder le maximum d’abonnés, donc rendre l’entrée facile et la sortie difficile était quelque chose de souhaitable même si un peu gênant. Pourtant quand Mélenchon et la France Insoumise ont encouragé les lecteurs à se désabonner suite à un papier qui ne le brossait pas dans le sens du poil, c’était finalement une bonne chose que la démarche de désabonnement reste longue, ça a peut-être évité que des milliers d’abonnés ne cliquent sans réfléchir.

Gaël Duval — De Linux-Mandrake à eelo, des projets pour les citoyens et la liberté

J’ai une idée de business pour La Poste, Orange, SFR… Je leur propose d’ouvrir chaque courier, de les lire, et de rajouter des pubs contextuelles. Imaginez, votre assureur vous écrit, un concurrent peut glisser un code promo pour vous faire venir chez eux. On est d’accord, ouvrir le courier, écouter les conversations téléphoniques, c’est pas normal : c’est même interdit. Pourtant nos smartphones siphonnent nos données et les envoient à Google Apple Facebook etc.

Facebook a permis à Cambridge Analytica de récupérer les données de 80 millions d’utilisateurs, qui ont été utilisées pour influencer le vote du Brexit et les élections aux USA. On bascule dans 1984 version “société privée”. Est-ce qu’on veut ça ? Pas moi. Et pourtant, moi qui ai créé une distro Linux (Mandrake) il y a 20 ans, j’utilise aujourd’hui un smartphone Google, un portable Apple, et Facebook de temps à autre… Le glissement était intervenu progressivement. Je pense qu’on peut aujourd’hui recréer les GAFAM à l’aide de briques Open Sources déjà disponibles. Mais il faut du travail sur l’expérience utilisateur.

Eelo est un projet d’OS pour smartphone entièrement respectueux des données personnelles des utilisateurs. Campagne de financement Kickstarter lancée en décembre pour trouver 25k€ histoire de payer un développeur. À la clôture en janvier l’objectif a été quadruplé, et plein de messages d’encouragements, d’articles de presse, en Europe mais aussi en Inde, au Brésil, aux US. Galvanisé, depuis 6 mois 15 développeurs bossent dessus d’arrache-pied, certains même bénévolement. Le levier Internet, appliqué à une idée a haut potentiel, ça peut donner un projet énorme.

Avant ce projet, je bossais pour une boîte qui s’était montée en visant Firefox OS, quand ça s’est arrêté on a regardé pourquoi. Pour que ça fonctionne il faudra que ça soit très répandu. Mais il faudra aussi jouer avec des règles du jeux différentes : partage, communauté, ce que les GAFAM ne peuvent pas, fondamentalement, faire, parce que c’est opposé à leurs valeurs et leurs moyens de financement.

Le progrès n’est que l’accomplissement des utopies. (Oscar Wilde)

Question : Tu dis qu’il faut beaucoup travailler sur l’UX, mais tu n’as embauché que des devs. Est-ce compatible ? Que comptes-tu faire ? En réalité il y a une communauté qui se monte. Eelo installe nativement des applications Linux, avec quelques limitations. Sur quelles appareils pourra-t-on l’installer ? Selfish OS aujourd’hui est inconnu. Aimerait bosser avec Fairphone et d’autres constructeurs. Il y a beaucoup de téléphones reconditionnés peut-être, pour allier écologie et logiciel libre.

Financement et historique : Eelo est un fork d’autres projets tels que Lineage, Cyanogen. Modèle business : Contributions open source. Subventions publiques. Mécénat d’entreprises parce que beaucoup aujourd’hui sont coincées, obligées d’accepter une fuite d’information si elles souhaitent autoriser leurs employés à utiliser du bon matériel. Vendre du développement et des services (déploiement de flotte…). Hybride non-profit et société commerciales.

Armony Altinier — S’accepter sans renoncer : 3 leçons tirées de mon handicap et influençant ma pratique du web

“Quand on veut on peut”. C’est bien pour se motiver, mais ça peut être contre-productif. En travaillant à 16 ans dans une maison de retraite, chute, blessure, fracture du ménisque interne, opération bien passée, malgré les douleurs les médecins disaient que tout allait bien. Je voulais très fort, je n’ai pas écouté. Un jour je me réveille aux urgences. On comprendra plus tard que les nerfs avaient été lésés pendant l’opération. J’ai passé 10 mois alitée sans savoir si je pourrai un jour marcher à nouveau. Parfois tout mon côté droit est inutilisable.

Je voudrais faire un aveu : l’accident s’est produit il y a 20 ans, je suis handicappée depuis 15 ans, et je travaille dans l’accessibilité depuis 7 ans. Pourtant, j’ai un rapport compliqué avec le handicapil m’a longtemps été difficile de me dire “handicappée”.

Victime de discrimination à l’Université. “Vous n’étiez pas en cours, nous ne vous permettons pas de soutenir votre mémoire”. Résolu en saisissant le médiateur de la République heureusement mais ce n’est pas la seule fois que ce genre de choses se produit.

Dire “Je suis en situation de handicap quand je n’arrive pas à lire sur écran en plein soleil” ça part peut-être d’un bonne intention mais c’est violent, ça minimise le vécu des personnes qui vivent en permanence en situation de handicap, elles. Voir la notion de wu-wei (non-agir). Quand je me déplace sans fauteuil, ou avec juste les béquilles, les gens sont moins prévenants, il y a beaucoup de situations conflictuelles. J’ai découvert l’accessibilité en surfant sur Internet au clavier (côté droit inutilisable) : on peut naviguer au clavier sur certains sites, pas d’autres.

“Bailleur social condamné parce que son handicap l’empêche d’accéder au balcon” -> Si c’était le handicap qui l’empêchait, pourquoi condamner le bailleur ? Ce titre de journal est absurde et montre bien que c’est le bailleur qui est en faute, pas le handicap. Dans l’esprit des gens il y a souvent comme une hiérarchie entre les handicaps. L’accessibilité ne fait pas disparaître tous les handicaps. Dans l’accessibilité il est obligatoire d’appliquer les critères WCAG AA. Les aménagements LSF, handicap mental, etc vont parfois (en apparence) à l’encontre du “One Web” car il faut parfois une présentation différente.

Dans une société accessible, le handicap n’existe pas. Ou pas… Le handicap est mal vu dans certaines sociétés, caché, effacé, on cherche à le supprimer. Exemple dans un programme de conférence : “Découvrez commment, grâce aux outils, madame L gomme son handicap pour travailler comme les autres employés”. Le handicap n’est pas tabou. On dit “situation de handicap”, mais on ne dit pas “situation de rousseur” ou “situation d’yeux bleus”. Pourquoi ? Regarder le mot-dièse #SayTheWord

On entend souvent des messages parlant de pitié, nous souhaitant du courage. “Quelle tristesse”. “Plutôt mourir pour moi”. Le Téléthon fait l’éloge du misérabilisme et de la charité. On est un des rares pays qui fait encore ça. L’accessibilité n’est pas une affaire de charité, c’est une affaire de droit. Dans un TED talk, un intervenant demande “Prefériez-vous gagner au loto ou devenir tétraplégique ?”. Les gens choisissent bien sûr le loto, mais il est prouvé scientifiquement que ni l’un ni l’autre ne rendent plus heureux ou plus malheureux.

Le handicap est une construction sociale. Amandine Gay, dans “Ouvrir la voie” interroge des personnes pour leur demander “à quel moment es-tu devenu noir ?” Je suis devenue handicapée le jour où on m’a dit que mon problème de santé ne guérirait jamais.

On peut déconstruire une construction sociale.

  1. Sortez de vos silos. 13 millions de handicaps en France, si vous n’en connaissez aucun vous êtes dans un silo. Aller donc voir des gens différents. Exemple : CLHEE @clhee_org @ElisaRojasm @ElenaChamorro5 @Riot_Iny @VivreAvec_ @BornJustRight @JordanJustRight #SayTheWord #SiLesHandisParlaientCommeLesValides
  2. Laissez aux handicapés les postes qui leurs sont adaptés. À l’époque de Molière les hommes jouaient les femmes. Il y avait du blackface pour les rôles noirs. Pourquoi ne pas confier aux handicapés les rôles de handicap dans les films ? Et bien sûr rémunérer les tests utilisateurs handicapés. Prévoir ça dans les devis.
  3. Soyez curieux et patients. La société et les personnes ne sont pas toutes éduquées. Vous ferez probablement des bêtises, mais n’acceptez pas de ne rien faire.

Le contraire du handicap ce n’est pas l’ignorance, mais l’illusion de la connaissance. (Stephen Hawking)

Question : Souvent on supprime des guichets avec des humains en échange d’un service accessible, est-ce bien ou mal ? L’important c’est de laisser le choix d’utiliser un logiciel seul, ou de passer par un guichet. Mieux que la conformité c’est l’accesibilité, et mieux encore l’inclusion.

Alain Damasio dans une conférence “Être ou ne pas être artificiel” parle du corps machine. Norme du corps. Réparer à tout prix… Le handicap n’est pas le contraire de la normalité. On oublie que les télécommandes ont été créées pour les tétraplégiques. Le SMS pour les sourds. Et beaucoup d’autres. Il y a un contre-mouvement qui refuse les implants cochléaires pour les enfants, il est important de laisser le choix.

Emil - Casser les préjugés grâce à des contenus vidéos inspirants

Emil est un homme, gay, marié, papa d’un petit de 19 mois… Une famille normale quoi. Avec notre fils Arsène, on s’est dit qu’on allait créer une chaîne Youtube pour parler d’homoparentalité. Montrer les familles invisibles, dédiaboliser, motivés par les anti mariage pour tous.

Sur la chaîne Youtube, on a toutes sortes de messages : de haine bien sûr, mais aussi des homos qui disent combien c’est inspirant, des parents hétéros, et bien d’autres encore.

Youtube change régulièrement les règles pour les créateurs “partenaires” pour défavoriser les petites chaînes. Ils sanctionnent également les chaînes LGBT avec le couperet du “mode restreint” qui leur permet de censurer une vidéo en la marquant comme “contenu inapproprié”. Exemples de vidéos censurées (vous allez voir c’est de l’arbitraire) : le pliage de bodys, le caca de bébé, une réponse à la manif qui comparait les bébés homos à des légumes OGM (!)… Tous ces contenus sont invisibles si on a le mode restreint activé.

Bizarrement, la chaîne de la manif (300 vidéos qui disent toutes la même chose, et beaucoup de vues) n’est pas du tout censurée. Pourtant les thèmes abordés sont les mêmes, mais Google ne trouve absolument pas que ces contenus soient “inappropriés”. Objectivement pourtant la manif diffuse des messages de haine, crache sur les gens, discrimine.

Parmi les contenus présents sur la chaîne ChezPapaPapou on trouve des vidéos d’humeur, des revues de presse, des critique de livres, des interviews dont Adrian de la Vega, et plus. Mais la chaîne est hétéro-friendly donc tout le monde peut regarder.

Devenir parent, devenir père, c’est un travail quotidien. On ne peut pas être prêt à l’avance. Et on ne l’est pas définitivement. Aimer ses enfants c’est quelque chose qui ne dépend ni du sexe ni de l’orientation sexuelle des parents.

Laurence Wagner - Tricot et programmation

Tout est dans l’article Tricot et programmation sur son blog ! Je ne ferai pas mieux.

Nicolas Hoffmann - 15 ans de métier, et tant besoin de mentors

J’ai 15 ans aujourd’hui. 15 ans de métier dans le Web. Des choses ont changé, d’autres non. De 0 à 3 ans d’expérience professionnelle on est junior, de 4 à 10 ans on est senior, mais après ? On va en maison de retraite ? Cette année j’ai postulé pour une offre alléchante, mais au bout de 6 mois d’emails et d’entretiens on a fini par me répondre “Vous n’avez pas assez d’expérience”. Malgré mes 15 ans au compteur ! Si des jeunes m’écoutent qui se sont pris des râteaux, qu’ils se rassurent ça arrive même aux moins jeunes.

Dans le temps apprendre le Web ça ne coûtait pas cher, il suffisait de lire des articles et d’essayer, de traîner sur les forums… Quand j’explique à ma famille que j’ai connu 4 grosses révolutions dans le métier, on a du mal à me croire. Est-ce que j’arriverai toujours à suivre ?

Être expérimenté dans un domaine c’est bien, mais on apprend surtout que la somme totale des connaissances augmente plus vite que notre connaissance à nous. Avec l’ancienneté on prend de plus en plus envie de faire des choses qui comptent. On apprend des savoirs, puis des savoir-faire, puis du savoir-être… Il y a toujours de plus en plus à apprendre, mais de moins en moins de temps pour cela.

Que faire lundi après Sud web ? Racontez vos succès… mais aussi vos galères. Ça montre que les mentors ont mis du temps à arriver là où ils sont. Et en plus, les gens vont souvent remercier quand on fait ça. Parce qu’ils se sentent moins seuls. Une galère racontée, une personne inspirée. C’est très rentable !

Transmettez. Écrivez, formez, mais s’-‘il-vous-plaît utilisez le format “pour les nuls”. Pas ou peu de jargon, pas ou peu de présupposés sur les connaissances des gens qui lisent.

Devenez mentor. Soyez la personne qu’on peut appeler en cas de coup dur, qui dira “mais si ça tu peux le faire”, “hmm c’est plus complexe que ça n’y paraît”, “vas donc lire tel et tel article avant de te lancer”… La relation de mentor est géniale. Mon mentor a pris 4h de son temps pour m’aider à franchir la première marche en JS, et j’ai mis 2 ans à comprendre tout ce qu’il m’a transmis. C’est un retour sur investissement énorme. Quand j’ai commencé le métier, je pensais un jour avoir fait le tour de la question. 15 ans plus tard je me rend compte qu’on ne peut pas être le meilleur dans un domaine, mais qu’on peut faire avancer le schmilblick, et ça fait bien le bonheur !

Franck Alary - Communauté de développeurs·euses et petite agglomération : ce n’est pas incompatible !

Quand j’habitais à Toulouse, j’allais souvent aux apéros Web. Et puis j’ai déménagé à Rodez. Population : 55 mille habitants, soit 4% de la population de Toulouse. Les apéros Web me manquaient. J’ai décidé de lancer un apéro. Je contacte toutes les boîtes du coin, et on se retrouve à 11 dans un pub, parce que les développeurs ont soif de bière et de café, mais aussi de connaissances. Création d’un Slack qui compte aujourd’hui 50 personnes, et des apéros réguliers. Dire que tout est parti d’un mail !

Souhait de créer une conférence-atelier : une présentation, suivie d’un atelier pour mettre en pratique. Parmi les objectifs : que la conférence soit filmée, et que l’entrée soit gratuite. Il a fallu trouver une salle gratuite avec projecteur, impossible, donc un mécène, plus facile que prévu, et monter un dossier pour avoir accès à la maison des associations. La première conférence-atelier a finalement eu lieu. Aucun journaliste n’est venu malgré les invitations à la presse, mais un article prêt à republier, avec photo et tout, a été envoyé aux rédactions et a été diffusé, ce qui a permis de faire connaître à d’autres développeurs.

Pour finir un détail amusant : les patrons de Rodez diffusent volontiers leurs offres d’emploi via l’association, mais “oublient” de prévenir leurs équipes des événements à venir, de crainte qu’ils ne soient débauchés. Parce que la demande est beaucoup plus forte que le nombre de personnes disponibles.

Xavier Cohadic — Apprendre à apprendre, transmettre en permé-habilité - Itinéraire nomade et fantôme

Demi-Cercle samoan pour commencer. C’est une technique (à rapprocher du fishbowl) qui permet de partager savoir-faire ou savoir-être, ou de résoudre des conflits. Assis en cercle épaule à épaule au centre de l’assemblée, des représentants de chaque point de vue.

Ici chacun dit une chose qu’il a appris dans les derniers mois, puis doit l’enseigner aux autres sans bouger de sa chaise. Appris : faire du bruit avec une trompette, gérer les conflits, long board, sa propre valeur. Jouer de la trompette, pas besoin de souffler comme une brute. Pincez les lèvres entre la grand-mère anglaise un peu contrariée et un bébé qui fait bleubleubleubleu. Mais faudra une vraie trompette pour savoir si ça marche 🙂 Long board c’est beaucoup d’inertie, ça peut aller très vite. Bouger tout le corps, d’avant en arrière, se pencher pour tourner, le pied avant équilibre, tout le poid du corps dessus, le pied arrière appuie pour redresser et corriger.

Noter les conditions et circonstances d’apprentissages. Partager c’est apprendre et renforcer.

Paraphrase du Serment du jeu de Paume : Faisons, ici et maintenant, le serment de nous rencontrer et de nous réunir, sans nous juger sur l’apparence, à chaque fois que les circonstances l’exigent, et de ne nous séparer que lorsque… (j’étais trop loin pour bien entendre, si quelqu’un peut me passer la fin de la citation je veux bien).

Clémentine Hahn - Je suis mon propre outil de travail

“Pour bien travailler, il faut les bons outils” disaient mes parents. Surprise de voir comme la collaboration avec David et Thomas (DTC innovation) s’est faite facilement. Beaucoup d’échanges, et de rétrospectives, et même de rétrospectives sur la communication pendant les rétrospectives. On a travaillé sur notre outil principal en fait : nous-mêmes. À bien gérer notre communication. Notre gestion des émotions, du temps…

Quelles sont les caractéristiques d’un humain ? Un corps fini, fragile, des connaissances finies, des émotions. Pourtant ce sont des choses un peu tabou : on prétend/agit comme si nous n’avions pas d’affectif, que nous ne tombons jamais en panne. Dire “Je ne sais pas” est un super outil. Ça permet de montrer que certaines choses sont floues, d’autres sont mal précisées, que tout le monde n’est pas sur la même page…

On a découvert Neptune parce qu’Uranus ne suivait pas la trajectoire prévue. Et avant de la voir, on l’a nommée. Des fois c’est important de nommer ce qu’on ne voit pas mais qui modifie ou perturbe, parce que c’est le moyen de ne pas être seul impacté.

(Clémentine a dit beaucoup plus mais j’avais du mal à suivre en fin de journée.)

Romy Tetue - Principes du Burning man comparés/appliqués à Sud Web

Constat : plusieurs personnes présentes à Sud Web sont allées ou intéressées par Burning Man ou le Nowhere. Depuis 20 ans, dans le désert du Névada, des foufous se rassemblent fin août pour 1 semaine d’art et de musique en plein désert. Des milliers de gens. Au Burning man il y a des rues qui sont dessinées. Pour les curieux, le photographe Scott London a fait des clichés magnifiques de Burning Man, et le site officiel propose une galerie de photos des créations.

L’événement est une feuille blanche : chacun amène ce qu’il veut vivre, et vit quelque chose de différent. Il se passe beaucoup de choses, des envols de montgolfières, des courses de kart, des soins chamaniques, des échanges de massage, des soirées arrosées… Des espaces de liberté où la nudité est autorisée, d’autres où on sait qu’on peut être avec des enfants. 4000 personnes en 2018 soit 1000 de plus que l’année d’avant, de plus en plus. L’organisation du Nowhere est appelée No-org (forcément). Les 3-4 semaines d’avant toutes les structures sont mises en place (période du Build). Ensuite il y a le Strike, où tout est rasé et supprimé. C’est un événement déconnecté de la réalité, la cérémonie de clôture dans le “temple” est l’occasion de revenir dans la vie plus classique. Le temple est un lieu à l’écart. Ce n’est pas un espace religieux, mais disponible pour se reposer, trouver un lieu calme.

Il y a des liens avec les rassemblements Rainbow, qui durent eux 2 semaines et sont plus axés écologie et vie naturelle. Au Burning man, des rangers, au Nowhere des no-mad, par 2 pour surveiller que personne ne tombe malade ou déshydratés, pour éventuellement être médiateurs en cas de conflit.

10 Principes des burners

  • Inclusion sans limites
  • Dons sans attentes
  • Échanges sans argent
  • Autonomie totale
  • Expression personnelle radicale
  • Création communautaire
  • Responsabilité civique
  • Ne laisser aucune trace
  • Participation encouragée
  • Immédiateté

L’autonomie totale (logement, boisson, nourriture) a pour symbole la timbale, qu’on porte tous sur soi à peu près tout le temps. Ne laisser aucune traces. Aucune structure ne reste après. Ne pas laisser de mégot. Poche à déchet : chacun porte sur soi une poche à MOOP (matter out of place) et ramasse ce qui traine.

Tout le monde est bienvenu. Très cosmopolite : 40 nationalités, plein de genres, pratiques, religions… Cela dit il y a beaucoup de blancs aisés (c’est un rassemblement moins divers que les rainbow). Baba-cools, Teufeurs, Bikers, Costumes 3-pièces, Drag-queens… Et parfois les gens combinent plusieurs eux-mêmes. Espace de grande liberté, où chacun est responsable de lui-même pour libérer l’organisation. Revient un peu au Carnaval. En Alsace une fête dure 1 jour où tout est autorisé ou presque. “Jour des rois”.

Pierre Guézennec - Devenir une meilleure personne

Dans les arts martiaux les valeurs de politesse, de respect, de conscience des autres sont cruciales et enseignées au même titre que les gestes.

Meilleur mais comment, en quoi ? Meilleur est un jugement, une convention sociale. Connaître ses qualités et défauts. Reconnaître ses erreurs. Humilité. Empathie/Sympathie et neurones miroir. Nos parents/les gens qui nous entourent ont un vécu, accepter sans prendre personnellement. On peut se rappeler qu’iels ont un vécu qui les a amené là. Attention, respecter n’est pas faire aux autres ce qu’on voudrait qu’on nous fasse car notre vécu/ressenti n’est pas le même que celui des autres.

Comment faire de son mieux ? Respecter son corps, ses principes, ses valeurs. Les 4 accords toltèques de Don Miguel Ruiz disent :

  1. Que votre parole soit impeccable
  2. Quoi qu’il arrive, n’en faites pas une affaire personnelle
  3. Ne faites pas de suppositions
  4. Faites toujours de votre mieux

Comment s’excuser : reconnaître le tort fait, dire qu’on est désolé, demander comment réparer, et s’engager à s’améliorer. Professionnellement, les rétrospectives sont un bon moment pour reconnaître ses erreurs et les corriger. On pourrait le faire dans le domaine personnel… Avec les enfants aussi on peut le faire, en couple… Top/flop. Communication Non Violente. Les hommes ont souvent du mal à exprimer leurs émotions. On en trouve beaucoup qui finissent à l’hôpital après avoir frappé un mur ou un meuble. Prendre les grandes décisions dans l’espace de 7 souffles disent les samouraïs. On a 3 cerveaux distincts mais interconnectés : cerveau, cœur, intestins. On dit dans toutes les langues “parler avec ses tripes”, “briser le cœur”… “On peut décider de ne pas monter dans le train de ses émotions.” Prendre sur soi. Mais trouver des échapatoires pour évacuer le stress. Dépasser la colère. Amour altruiste.

(Mes notes sont un peu décousues, la discussion rebondissait beaucoup)

Thomas Jund & Goulven Champenois - Comment construire un réseau après la fin de la société thermo-industrielle (discussion sur le thème de la collapsologie)

Depuis 1950 nous sommes entrés dans l’anthropocène, une époque géologique où l’humain modifie le climat. Toutes les courbes montrent une croissance exponentielle : population (fois 7 en un siècle), consommation énergétique, production industrielle, pollution, déclin des espèces… Il y a déjà eu des déclins et des sociétés qui se cassent la figure : mayas, romains, Île de Pâque, URSS… Lire les livres et regarder les conférences de Pablo Servigne et Jean-Marc Jancovicci.

Est-ce que ça pète d’un coup ou brutalement ? Des semaines, des mois, des années ? Dans l’effondrement, il y a réduction drastique du nombre de personnes. Donc perte de connaissances.

Le Web est une révolution industrielle, au même niveau que l’impression, l’écriture… Mais le Web actuel est énergivore. Les smartphones sont voués à disparaître. Les écrans couleurs sont voués à disparaître. L’infrastructure est fragile.

Qu’est-ce qui nous manquerait si le Web disparaissait ?

  • La communication. C’est la première chose qu’installent militaires et ONG.
  • Le partage d’informations.
  • Les relations humaines avec des profils plus rares, des sensibilités inhabituelles.

Expérience de Thomas : à Dakar l’eau de la nappe est polluée, l’eau propre est à 200km. Quand les tuyaux se sont brisés, la capitale a passé 2 mois sans eau potable dans le réseau. À quoi s’ajoutaient des coupures de courant, entre 2 et 6h par jour. L’état des infrastructures (hôpitaux) était très loin de ce qu’on trouve en Europe.

Initiative OLPC (One Laptop Per Child). Chaque ordinateur était un relais réseau. Dead Drops : des clés USB cimentées dans les murs dans les rues, avec juste le connecteur qui dépasse. Ça permettait de partager des livres, du MP3, etc. Beaucoup de casse/fauche.

Une infrastructure physique disparaît vite. Ex : à Dakar les plaques d’égoût ont toutes été volées, revendues, refondues. Un réseau aérien est plus résilient.

La solution pourrait-elle venir de la télépathie ? Synchronicités des grandes découvertes technologiques (poudre, impression, vol mécanique) et parmi les espèce animales.

Pour les sauvegardes, il faut plusieurs copies, utilisant des technologies différentes, dans des lieux différents. Les CDs, DVDs ne sont plus tous lisibles aujourd’hui… Les VHS le sont encore. Mais en cas d’explosion nucléaire elles seront effacées. Quoi alors, des cristaux, des cartes perforées ?

Tout est dématérialisé. Que reste-t-il de nos photos, tweets, etc ? Low-tech. Ou réseaux distribués plutôt que décentralisation. Mais est-ce qu’il faut garder le passé ? Qu’est-ce qui est le plus précieux ? Faut-il choisir parmi les connaissances ? On peut perdre en reproductibilité. Les plus belles photos sont dans notre tête. On réécrit nos souvenirs à chaque fois qu’on les ré-évoque. Rafraîchir la mémoire.

Expérience d’un participant : chez mes parents à la campagne, je ne touche l’ordinateur que pour apprendre, pour l’information. Certaines personnes sont des stocks d’information non dématérialisables. Des sensibilités. Des mentors. Des guides.

Certains savoirs cruciaux utiles sont importants, il faut les distribuer. Espoir : dans une société de croissance, les gens sont individualistes. Face à l’adversité les gens sont beaucoup plus en lien, beaucoup plus altruistes.

Aujourd’hui les personnes qui se lancent en agroécologie ou permaculture n’ont absolument pas toutes les connaissances. Les anciens avaient plein de connaissances qui ont été supprimées par la société industrielle et capitaliste. Et de nouvelles choses ont été découvertes.

Internet : copie enrichissement et diffusion gratuite d’informations. Des sites existent aujourd’hui qui diffusent illégalement les recherches scientifiques (accaparées par des sociétés de diffusion qui font payer l’État via les bibliothèques pour accéder à des savoirs créés par des scientifiques payés par l’État —oui c’est absurde).

Que faire après cette discussion ? Se former sur des choses concrètes. Matérialiser l’informatique, dématérialiser les informations. Expériences de déconnexion pour vivre sans. Apprendre à se réinventer, à s’adapter. Informer pour que les gens puissent choisir leur décroissance plutôt que la subir.

Julia Barbelane - Créer un environnement safe

(Je n’ai pas pu assister à cette discussion mais voici les points importants que Julia m’a gentiment dit) :

  • La vitesse/lenteur des autres c’est de la violence.
  • Dans l’urgence les décisions sont prises arbitrairement.
  • Dans une situation de vie ou de mort les valeurs disparaissent.

Loïc Mathaud - Faut-il sortir de sa zone de confort ?

Un participant : “Je suis intégrateur HTML/CSS et j’ai appris JS en arrivant dans une nouvelle boîte, j’étais perdu au début. On ne m’a pas demandé d’être productif du jour au lendemain. L’environnement humain, la direction qui soutient, ça aide.” La pression est constructive. Mais trop de pression est destructif.

Quelles sont les limites de la zone de confort ? Ce qu’on sait faire, là où on connait les tenants et aboutissants. Choix dont on maîtrise les conséquences. La zone d’inconfort c’est quand il y a beaucoup d’incertitudes. Notre zone de confort augmente lentement, ou rapidement en fonction d’événements un peu forts. Et dépend de notre état général, parfois ne pas pouvoir compter sur ses forces, sur un soutien, un mentor… Sortir de sa zone de confort, pour créer du neuf. Progresser c’est source de bonheur, de dopamine. Certains cherchent l’adrénaline des fêtes foraines, la satisfaction de surmonter des peurs, des limites physiques. On glorifie dans certains pays de travailler énormément, de faire beaucoup tout le temps. Dans certains pays finir tard c’est vu comme être un bon employé, dans d’autres c’est mauvais au contraire.

Certaines personnes sont “phobiques” et leur attitude face à n’importe quoi c’est de fuir. D’autres, “contre-phobiques”, foncent dedans. Parfois ça dépend du sujet. En canyoning, un participant était bloqué devant un saut de 12m qui finissait dans un bassin naturel. Le moniteur l’a poussé au bout d’un moment et depuis il est débloqué. Il aurait tout aussi bien pu finir terrorisé et phobique.

Est-ce que sortir de sa zone de confort peut nous amener dans le négatif ? Nous, organismes vivants, sommes des systèmes en équilibre, avec des fluctuations. Sortir de la zone de confort c’est générer du stress (physique ou mental ou les deux). Est-ce que les enfants lâchent le meuble ou la main de leurs parents pour apprendre à marcher parce qu’ils sont bien encouragés ? Dans une situation de non-stress quelque chose d’inhabituel peut ne représenter qu’un effort, mais devenir infaisable en d’autres circonstances : le dosage est important.

Plutôt que sortir de sa zone de confort, l’agrandir. Accepter la difficulté inhérente à apprendre.


PS : Encore une très très belle édition de Sud Web, dans un cadre vraiment accueillant. Et vous, qu’allez-vous faire différemment lundi ?

PPS : Je n’ai pas pris de notes de mon atelier “Réduire son empreinte écologique”, j’en ferai un ou plusieurs articles. Si vous avez des questions en attendant n’hésitez pas à me les poser, via le formulaire de contact ou par Twitter !

PPPS : le jeu que j’avais amené c’est le 6 qui prend, il est édité par Gigamic, s’apprend très vite et les parties sont rapides et pleines de rebondissements. Avis aux amateur•ices de jeux de société !